LES CENTRES D’ART EN TANT QUE CADRES D’ACTIVITÉS : L’EXPÉRIENCE DE LA PANACÉE
Franck Bauchard

Ancien Collège Royal de Médecine, La Panacée a ouvert ses portes en juin 2013. Cette nouvelle institution culturelle née d’une longue histoire d’expérimentations scientifiques a été créée pour répondre aux transformations des pratiques artistiques et culturelles difficiles à classer par catégories car les traversant souvent. Ces nouveaux partages de pratiques surgissent de recherches artistiques intéressées par la science et la technologie.

Les artistes accueillis par La Panacée proviennent d’horizons divers. Ils peuvent être photographes ou cinéastes, écrivains ou architectes, musiciens ou designers, artistes de la scène ou sculpteurs. Ce qu’ils partagent, c’est leur volonté d’offrir des approches et perspectives nouvelles sur la manière dont les technologies et la science redessinent l’individu et la société. L’institution devient un carrefour et un catalyseur entre des artistes de différentes disciplines. L’idée est de rassembler pour le public une multiplicité de points de vue qui convergent vers un futur imaginé du contemporain. C’est la raison pour laquelle La Panacée a reçu l’appellation Centre de Culture Contemporaine.

Par le biais de l’ETAC, La Panacée a invité Javier Chozas, un architecte qui s’intéresse à l’art des nouveaux médias et Mireia c. Saladrigues, une artiste des arts visuels qui intègre des méthodes des arts de la scène dans sa pratique. Leurs pratiques interdisciplinaires ont naturellement trouvé leur place à La Panacée ainsi qu’un public intéressé par des conférences, open studio ou workshops. Soutenir le travail d’un artiste, c’est multiplier les contextes où la démarche artistique peut être appréhendée et débattue avec différents publics.

La Panacée a été conçue pour soutenir le travail des artistes et met pour cela deux moyens en œuvre : la production et la résidence. Le concept de résidence évoque celui de l’atelier. Mais les pratiques évoluent rapidement. Un grand nombre d’artistes que nous avons produits sont venus à La Panacée pour travailler dans le cadre et avec les ressources qu’offre une ville. La cinéaste Christine Bouteiller a travaillé avec des chercheurs en linguistiques du langage SMS de l’Université de Montpellier pour créer une œuvre participative sur la mémoire et la communication téléphonique. L’artiste américaine du locative media, Teri Rueb, a collecté différents types de données de la ville de Montpellier – de la botanique au système de transports, de la démographie à la géographie – et rencontré de nombreux spécialistes couvrant un large spectre de disciplines, pour créer une carte dynamique de la ville qui a marqué les esprits. Le spectateur pouvait y laisser les résultats de son exploration de la nature présente dans la ville.

Le collectif artistique Général Instin qui rassemble des écrivains, des artistes des arts visuels et du street art ont choisi de travailler sur un camp militaire désaffecté en pleine ville et de recréer son architecture sur une plateforme web conçue par La Panacée. Cette résidence a combiné différents contextes pour un projet qui se poursuit encore. Celui-ci a débuté comme du street art dans des installations militaires, s’est poursuivi par un texte reprenant l’architecture du site sur la plateforme web Textopoly, avant de devenir une installation pour l’exposition inaugurale de La Panacée « conversations électriques ». Il s’est ensuite transformé en performance pour l’événement « Conversation factory ». Soutenir un projet, c’est soutenir un processus. À partir de ce projet, le Général Instin s’est emparé de plusieurs contextes, temporalités et médias entre les murs et hors les murs de La Panacée pour la renouveler sans cesse.

Anatomie de l’automate, la prochaine exposition de La Panacée réalisée en collaboration avec le MAMCO de Genève est consacrée à la figure de l’automate selon l’approche médicale de la relation homme-machine. La Panacée a été une école de Médecine pendant des siècles. L’exposition se tiendra sur un lieu qui abritait autrefois un théâtre d’anatomie. L’artiste mexicain Eric Beltran est actuellement en résidence et travaille sur une œuvre autour des archives de l’Université de Médecine. Des artistes proposeront des performances dans le Conservatoire de médecine tandis que des scientifiques inviteront à des visites commentées de l’exposition. Des strates superposés et des échos créent du sens.

Une institution n’est pas faite que de matériaux de construction. Les centres d’arts peuvent créer des portes et construire des ponts pour ouvrir des champs d’investigation et les transformer en contextes artistiques. Ils ouvrent des possibilités où l’œuvre naît. Les centres d’art proposent des cadres qui concentrent la recherche artistique en un dialogue entre des espaces, des concepts et des contextes. Les centres d’art ne sont pas des espaces organisés autour de la circulation d’œuvres d’art mais des métaphores de leur contexte où l’art est en dialogue avec son environnement.

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  • Les artistes accueillis par La Panacée proviennent d’horizons divers. Ils peuvent être photographes ou cinéastes, écrivains ou architectes, musiciens ou designers, artistes de la scène ou sculpteurs. Ce qu’ils partagent, c’est leur volonté d’offrir des approches et perspectives nouvelles sur la manière dont les technologies et la science redessinent l’individu et la société. L’institution devient un carrefour et un catalyseur entre des artistes de différentes disciplines. L’idée est de rassembler pour le public une multiplicité de points de vue qui convergent vers un futur imaginé du contemporain. C’est la raison pour laquelle La Panacée a reçu l’appellation Centre de Culture Contemporaine.
  • Panacée, Javier Chozas, conférences, workshop, multiplier les contextes, art contemporain.